Après trois premières journées intenses, que vous pouvez retrouver ici, et une bonne partie du Nord avalée, la quatrième journée nous emmènera à Vizzanova, point central du GR. C’est aussi la porte de sortie pour ceux qui ont sous-estimé la difficulté du GR. Chose assez fréquente à en croire les locaux.

Mercredi 27 juin 2018
Jour 4 : Refuge Pietra Piana -> Vizzavona
Réveillés assez tôt par une nuit difficile, nous décidons de partir au plus vite afin de réchauffer et réveiller nos corps engourdis par le froid. Heureusement, aujourd’hui c’est la journée la plus courte, environ 25 km pour deux étapes. Peut-être pas la plus rapide – nous sommes encore sur la partie nord – mais cette idée nous donne du courage. Nous devrions arriver tôt ce soir.


C’est une journée plus silencieuse. Chacun est dans sa bulle. On avance, concentrés sur nos pas. Le sentier reste difficile. Certes, la nuit passée y est pour beaucoup mais l’accumulation de kilomètres commence à se faire sentir. On vient de dépasser les 100 km parcourus. Mais pour le moment nous sommes toujours confiants sur notre capacité à réaliser notre objectif et terminer le parcours en 7 jours. Aujourd’hui est une journée charnière, ce soir nous serons à Vizzavona, un hameau qui se trouve pile au milieu du GR. Il marque la frontière entre la partie nord et la partie sud du sentier. C’est le point de départ ou d’arrivée, pour les randonneurs ne faisant que la moitié du GR. Vizzavona est desservi par une gare ferroviaire, la seule sur le parcours.


Il est environ midi lorsque nous arrivons au prochain refuge, le refuge de l’Onda, qui restera LE moment gustatif inoubliable de notre aventure. Il faut dire qu’après quatre jours de repas faits de salade de thon en boite, de barre de Mars et de Pom’pote achetés dans les “superettes” des refuges, une omelette aux fromages Corse maison était la bienvenue. Un ré-gal ! Car rares sont les refuges qui cuisinent le midi. Et comme nous arrivons tard le soir, les repas sont déjà servis et il ne reste plus grand chose. Après ce bon repas… une petite sieste au soleil et nous voilà repartis pour Vizzavona.

Jeudi 28 juin 2018
Jour 5 : Vizzavona -> Col de Verde
Après trois jours de beau temps, la météo devrait se gâter en fin de journée. Du coup, on lève vite le camp pour profiter au maximum des premiers rayons de soleil. Nous avons basculé sur la partie sud, la deuxième partie du GR. Le plus gros est derrière nous, c’est un peu le début de la fin. En attendant vraiment la fin, il va déjà falloir arriver au refuge de Prati, ce qui n’est pas gagné.

La matinée passe très vite. C’est une belle journée pour randonner. Les montagnes, un peu moins techniques, sont toujours aussi magnifiques. Le paysage change et laisse place aux pistes forestières et aux environnements beaucoup plus boisés. Comme prévu, au fil des heures le ciel se couvre et d’imposants nuages gris font leur apparition. Quand on voit le soleil et le ciel bleu que l’on avait le matin, on avait espoir que la météo se soit trompée.


Les nuages s’épaississent et tombent sur la forêt. En à peine quelques minutes, on ne voit plus rien. Un brouillard à couper au couteau, comme on dit. Le balisage pourtant bien présent et habituellement bien visible sur les sentiers, nous abandonne. C’est à ce moment que, littéralement, des trombes d’eau s’abattent sur nous. Impossible de se repérer dans l’espace, c’est très impressionnant. Heureusement que l’on a un GPS Garmin, pour nous guider. On a beau être bien équipés, on est trempés de la tête aux pieds.


Il nous reste encore pas mal de chemin pour arriver au refuge de Prati. On s’abrite un moment au gîte du Col de Verde, histoire que ça se calme. Mais rien y fait. La dernière étape n’est pas très longue, mais elle monte bien et avec cette pluie la progression risque d’être lente. On décide de s’arrêter là pour aujourd’hui. Demain sera une journée avec une étape en plus, tant pis, mais là, c’est trop difficile d’aller plus loin.

Vendredi 29 juin 2018
Jour 6 : Col de Verde -> Bergerie de Matalza
Ce qui s’annonçait comme une “petite” journée avec seulement 2 étapes pas très ardues, se voit rallongée de l’étape de la veille que nous n’avons pas peu faire. On a donc mis le réveil plus tôt que prévu. Les matins se font de plus en plus durs et les jambes commencent à devenir lourdes. Mais, aujourd’hui est un autre jour et c’est un temps radieux qui nous attend, ce qui a toujours le don de nous redonner le sourire.


Bien qu’aucune journée ne fût de tout repos, celle-ci nous semble vraiment longue. Interminable. Et pour ne rien arranger, aujourd’hui il fait une chaleur de tous les diables. En soi, rien d’exceptionnel, nous sommes le 29 juin en Corse du Sud…On en profite pour accrocher à nos sacs à dos les affaires de la veille trempées, qui n’avaient pas eu le temps de sécher pendant la nuit. Déguisés en sèche linge ambulant, nous avançons concentrés à un rythme plutôt soutenu.

Partis un peu précipitamment le matin, nous n’avons pas pris le temps de bien remplir nos gourdes. Ce qui devait arriver, arriva. Avec la chaleur nous nous retrouvons rapidement à court d’eau au milieu de l’après-midi entre deux refuges. Erreur du débutant. Une mésaventure que nous ne sommes pas près d’oublier…


Samedi 30 juin 2018
Jour 7 : Bergerie de Matalza -> Conca
Dernier jour. Sans doute le réveil le plus facile… ou le plus dur… en tout cas le plus étrange. Partagés entre la joie d’en finir et l’envie que ça ne s’arrête jamais, nous avons repris le chemin du GR la tête basse. Mais il ne nous a pas fallu très longtemps avant de retrouver le sourire… C’est tellement
beau !

Surtout qu’il ne va pas falloir trainer, aujourd’hui, nous avons quatre étapes au programme. Certes, pas les plus dures, 1200mD+ « seulement » pour 40km. Ce qui fait, si l’on en croit notre TopoGuide, 16h30 de marche sans compter les pauses. C’est donc au pas de course que nous avons attaqué cette ultime journée.


Il est environ 13h quand nous passons le col de Bavella, l’un des quatre « grands cols » de Corse, permettant de relier les deux versants de l’île par l’intérieur. Très touristique mais magnifique Bavella et ses Aiguilles est un lieu incontournable de la Corse du sud, réputé pour ses sites d’escalades, de canyoning et le passage du GR20.


Après une courte pause, nous filons droit sur Conca. Et, en fin d’après-midi nous commençons à apercevoir la mer, signe que nous ne sommes plus très loin de notre objectif. Il est quand même temps que ça s’arrête. Nous sommes épuisés par cette journée qui nous semble interminable, sans compter l’accumulation de ces six derniers jours.

C’est la dernière descente, la plus dure. Je me retourne une dernière fois, pour poser un dernier regard sur ces magnifiques paysages avant de repartir, avec une seule idée en tête : m’assoir à une terrasse avec une bonne limonade bien fraîche et enlever mes chaussures de rando une bonne fois pour toute.
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