Après avoir participé à la 4e édition de La Sentinelle au Mont Buet à Vallorcines en France, il était impossible pour moi de ne pas reparticiper à cet évènement hors norme. Mais La Sentinelle, c’est quoi ? La Sentinelle, c’est le rassemblement d’une communauté internationale de skieurs passionnés de ski de montagne autour d’un parcours exigeant dans des sites naturels d’exception. Ici, pas de chrono, pas de classement. Un seul objectif, se retrouver pour partager les valeurs d’une même passion : le goût de l’effort et de l’aventure en montagne. Cette 5e édition s’est déroulée à Arolla, en Suisse. Point de rendez-vous : l’Hôtel de l’Aiguille de La Tza, un hôtel traditionnel bâti au début du siècle dernier dans les Alpes Valaisannes, situé à 1950 m d’altitude.


Jour 1 : Samedi 14 Mars
4h00
Réveil à 3h, petit déjeuner à 3h30, frontale vissée sur la tête et ski aux pieds à 4h. La corne de brume retentit. Bruno vient de donner le départ, c’est parti ! Le cliquetis des bâtons et le son si particulier des peaux sur la neige glacée, brisent le silence de la nuit. Une cinquantaine de Sentinelles lâchés à l’assaut des montagnes Suisse, ça fait un peu de bruit. Un sentiment de fatigue et d’excitation se mêlent en moi, mais pas pour très longtemps. Après seulement quelques dizaines de mètres, il ne reste plus que l’excitation de partager avec cette “meute” une journée en montagne et les 2500 m de dénivelé positif que nous a réservés Bruno et les guides qui nous accompagnent.

5h45
Nous progressons lentement mais surement. L’idée n’est pas de faire la course mais bien de profiter de chaque instant et de prendre le temps de faire connaissance, de partager cette aventure. Avec une bonne dizaine de nationalités et après quelques échanges, les idées de voyages ne manquent pas ! Au fur et à mesure que l’on progresse, l’aube fait son apparition. Les silhouettes des montagnes alentours commencent à prendre forme. Puis tout s’accélère et les premiers rayons de soleil caressent les cimes. La journée s’annonce radieuse.


7h15
Après trois bonnes heures d’ascension, soit environ 900 m de dénivelé positif avalés, nous arrivons au Pas de Chèvres (alt. 2 854 m), un col situé entre la Pointe du Pas de Chèvres et la Tête Rocheuse 2943 m (Pointe des Deux Cols). Le Pas de Chèvres se caractérise par ses échelles d’une trentaine de mètres environ, presque verticales, qui permettent de franchir la paroi rocheuse sur son versant ouest, le Val des Dix. Ce n’est pas le moment de se déconcentrer, la chute risquerait d’être violente.


10h30
Passés le col et une petite descente, nous remettons les peaux. Direction la Cabane des Dix (alt. 2 928 m), avant de filer pour atteindre notre objectif : le sommet de La Luette (alt. 3 547 m). Malgré quelques nuages, il fait chaud, même très chaud. Il est à peine 9h00 et pourtant on se croirait en plein mois d’Août, à l’heure de l’apéro. Nous arrivons au sommet. Petite pause bien méritée. La vue est magnifique.

11h00
La récompense. À nous les pentes vierges. Il a neigé toute la nuit, une neige de cinéma ! On a l’impression de flotter. Il y a de la place pour tout le monde, chacun sa trace. Que du bonheur. L’idée étant de faire une boucle, pour repartir nous avions dans l’idée de passer par le Col des Ignes, mais ça, c’était avant d’arriver au pied du col et d’entendre Fred, l’un des guides dire : “Ça sent la mort par ici, on va faire le tour”… La neige semble instable, il n’est pas sage de continuer sur cette voie. Soyons prudents. Nous faisons demi-tour, direction le Pas de Chèvres et le chemin par lequel nous sommes arrivés.


13h00
2 000 m de dénivelé plus tard, nous voici de nouveau au Pas de Chèvres. Et là, contre toute attente, la météo se dégrade. Nous étions partis pour 2 500 m de dénivelé mais les conditions sont vraiment mauvaises. À l’unanimité, nous décidons de rentrer, la journée a été éprouvante. En même temps, c’est ce que l’on vient chercher quand on fait La Sentinelle. Un autre bel itinéraire nous attend demain. Autant être en pleine forme. Direction l’hôtel donc pour l’apéro (qui durera de 14h30 à 19h30…).


Jour 2 : Dimanche 15 Mars
5h00
Ce matin, c’est grasse mat’. Une heure de sommeil en plus. Départ à 5h ! Les cuisses sont un peu lourdes, les yeux ont du mal à s’ouvrir mais l’envie est bien là. Dès les premières foulées, les cuisses commencent à chauffer, les muscles se réveillent et la fatigue se fait vite oublier. Aujourd’hui, l’objectif est la Cabane de Bertol, un refuge situé à 3 311 m d’altitude. Une belle balade de 1500 m de dénivelé positif. Il paraît que la vue du refuge est exceptionnelle. Hâte de voir ça.

7h40
Le début du parcours est plutôt plat. Ce qui n’est pas plus mal, car d’après les guides, la dernière montée avant la cabane ne sera pas de tout repos. Au loin, encaissé au fond de la vallée, se dresse devant nous le Mont Collon, 3 637 mètres. Le spectacle de l’aube qui pointe le bout de sont nez et révèle le sommet à mesure que l’on avance, est superbe ! Arrivés au fond de la vallée, nous continuons notre progression sur le Glacier d’Arolla. Nous profitons d’une petite grotte glacière pour faire une courte pause.


9h00
Petite difficulté en approche. Il va falloir sortir les couteaux, la pente est très raide et glacée, les peaux ne suffiront pas. Mais finalement, pour plus de sécurité, il faut même déchausser les skis et chausser les crampons. Skis accrochés sur le sac, c’est parti pour 300 m d’ascension.

10h15
Après avoir rechaussé les peaux, nous avançons sur le Glacier de Bertol pendant un bon kilomètre avant d’avoir en ligne de mire le refuge. On y est presque. Il reste quand même 450 m de dénivelé avant d’atteindre le sommet. Mais ce sera la dernière montée de la journée. A près, ce ne sera que de la descente. Cette dernière montée n’est pas sans rappeler celle d’hier : pas un nuage et une chaleur d’enfer.


11h30
Nous y sommes. Perchée sur un éperon rocheux, il faudra grimper encore deux grandes échelles pour atteindre la Cabane de Bertol. Appartenant à la section neuchâteloise du Club Alpin Suisse, elle se situe sur la Haute Route Chamonix-Zermatt. La cabane est le point de départ de courses classiques comme la Tête Blanche, la Tête de Valpelline, l’Aiguille de la Tsa, les Dents de Bertol, et bien d’autres… La vue est magnifique. On y distingue également le Cervin.


12h30
Après 1 500 m de dénivelé et une pause casse croute bien méritée, le retour se fera par le même chemin, en allant chercher les pentes vierges de traces sur les côtés. La neige est bonne, c’est un régal. Les Sentinelles sont cachés, les champs de poudreuse se transforment en champs de spaghettis. Encore une belle virée aujourd’hui. Les guides ont bien bossé.


Merci
Ainsi s’achève cette 5e édition de La Sentinelle à Arolla en Suisse. Merci à La Sentinelle, La Brasserie du Mont-Blanc et Opinel pour leur invitation. À Bruno, Layla et Caroline pour leur accueil. Et aux guides François-Regis Thevenet, Laurent Lesoy Soyris, Fred Degoulet et Raphaël qui nous ont concocté 2 jours de ski de montagne exceptionnels. Pour finir, je n’ai qu’un mot à dire. À l’année prochaine !
Production : Yucca Film
Photos : Layla Kerley, Anthony Chenot, Camille Lambrecq, Olivier Pineda
Une aventure soutenue par



