Cela faisait déjà trois jours que nous étions à Chamonix avec Gil. L’idée était de venir passer quelques jours en montagne avant notre ascension du Mont Blanc, de faire un petit trek et d’aller bivouaquer près du Lac Blanc. Malheureusement, cela faisait 3 jours qu’il pleuvait, qu’il neigeait et que le vent soufflait dans tous les sens. Nous étions très déçus mais surtout nous espérions que ça s’améliore, car, nous avions rendez-vous le lendemain avec Babar – notre guide avec qui nous avions déjà fait l’ascension du Pic du Glacier d’Arsine – pour grimper sur le point culminant des Alpes.

Mercredi 20 septembre 2017
Le réveil sonne, il est 9h. J’ouvre les volets. La prévision météo de la veille disait-elle vrai ? Oui ! Après 3 jours de mauvais temps, le ciel est bleu sans le moindre nuage et il devrait en être de même encore demain. Ça commence bien. Nous finissons de préparer nos affaires et nous partons aux Houches, point de départ de notre grande aventure.

Cela faisait maintenant 9 mois que nous attendions ce jour. Au fil des jours, c’était devenu une obsession. Plus la date approchait, plus j’étais excité et plus j’avais peur aussi. Mais aujourd’hui à 12h, je suis l’homme le plus heureux du monde. Pour cette ascension, nous avons décidé de prendre la voie « normale ». Première étape : rejoindre le Refuge de Tête Rousse, situé à 3167 mètres, où nous passerons la nuit.

Les premières heures de marche se font sans difficulté particulière, c’est une belle rando de montagne. Nous prenons notre temps et profitons de la vue. Au fur et à mesure que l’on monte, on découvre la vallée de Chamonix. La vue est magnifique. Tandis que nous avançons dans l’ascension, l’environnement change progressivement. Les sapins laissent places aux rochers et les écureuils aux chamois.


Les premiers névés commencent à faire leur apparition. On sent le craquement de la neige sous nos pieds. Le blanc devient petit à petit la couleur principale recouvrant toutes les autres nuances. L’air se fait plus frais, il faut commencer à se couvrir. Tous les plaisirs de la haute montagne. Et puis le refuge pointe le bout de son nez. On vient de passer les 3000 mètre d’altitude.


Il est 18h lorsque l’on arrive au Refuge de Tête Rousse. On prend place dans « nos appartements ». Un petit quiproquo sur la réservation, on nous a attribué le dortoir près du local d’entrée. Soit environ 15m2 pour 16 couchages. Autant vous dire que la nuit n’a pas été facile. Mais ce n’est pas grave, on n’est pas venus ici pour le confort. En revanche, le repas est parfait avec une soupe maison comme seuls les refuges de haute montagne en ont le secret.

20h. Quand soudain, on a l’impression que les montagnes prennent feu. La neige si blanche d’ordinaire prend alors des teintes, jaune, orange, rouge… Le spectacle est magnifique. Les couleurs changent de minutes en minutes, on voit le soleil se coucher à vue d’œil. Je reste dehors jusqu’au dernier moment, je ne veux pas en rater une miette. Je pourrai rester des heures, comme ça, assis à contempler un tel spectacle. Mais au bout de quelques minutes, c’est le noir total. Il est l’heure d’aller se coucher, demain une autre journée nous attend.

Jeudi 21 septembre 2017
5h, quand le réveil sonne. Et malgré la motivation, je ne vais pas vous mentir, ça pique les yeux. On ne peut pas dire que j’ai dormi à poings fermés. La nuit fût fraiche et mouvementée. Ce n’est pas grave, si le petit- déjeuner est à la hauteur du dîner de la veille, ça va nous remettre sur pied illico. Allez savoir ce qui s’est passé, j’ai mangé le pire petit-déjeuner de ma vie… Tant pis. On rassemble nos affaires, et nous voilà partis à l’assaut du Mont Blanc.


Dehors, il fait -1000° quand on essaie tant bien que mal de cramponner. Ce froid glacial a au moins le mérite de me réveiller instantanément. Devant nous, on aperçoit quelques frontales de gens partis plus tôt, qui serpentent dans la montagne, nous indiquant le chemin jusqu’au Refuge du Goûter, situé à 3815 mètres. Cette partie de l’ascension, entre les 2 refuges est peut-être la plus délicate. 700 m de dénivelé positif de rocher à grimper, tout en croisant d’autres alpinistes encordés qui sont sur le retour. Ce n’est pas le moment de se prendre les pieds dans la corde.


Après une courte pause au Refuge du Goûter, histoire de reprendre quelques forces, nous repartons. Et une nouvelle fois : changement de décor. À partir de là, plus de rochers mais de grands espaces blancs et de grandes dunes de neige à perte de vue. Le désert en montagne. L’ascension se fait doucement mais sûrement. On commence à sentir les effets du manque d’oxygène. La progression se fait plus lente, mais ça nous laisse plus de temps pour profiter du paysage.


On vient de passer les 4000m et un petit mal de tête commence à se faire sentir. Le mal des montagnes ? Notre hantise ! Le mal des montagnes et la météo sont les deux choses les plus imprévisibles qui peuvent venir vous gâcher la fête. Nous avons choisi de faire cette course en 48h sur 3 jours. Ce qui laisse finalement un temps d’acclimatation assez court. On espère ne pas avoir été trop gourmands… On essaie de penser à autre chose et on continue à avancer en profitant du spectacle.

Après le passage de l’Arête des Bosses, le sommet commence à pointer le bout de son nez. Et là, comme par magie, le mal de tête disparaît et laisse place à un vrai moment d’euphorie. Puis, c’est le soulagement, il était temps. Mais ça y est, on y est. On l’a fait ! 4810m, le toit de la France. La vue est splendide. On voit à des kilomètres à la ronde. Aucune montagne pour nous cacher la vue. Normal, on est sur la plus haute…

Après avoir repris notre souffle et mangé un morceau, il est déjà l’heure de repartir. Ça fait du bien de décompresser un peu mais il va falloir rester concentré pour la descente, car si c’est un peu moins physique, c’est bien plus impressionnant que la montée. En effet à la descente, on fait face au vide et aux montages. Encore une autre façon de profiter du décor.

Une aventure soutenue par




