S’il y a bien un sentier que je rêvais de faire depuis longtemps, c’est bien le GR20 ! Le GR20 est un sentier qui traverse la Corse du nord au sud, sur une distance qui varie entre 180 km et 200 km pour un dénivelé positif compris entre 11 000 km et 13 000 km, en fonction des variantes. Si l’on dit de lui qu’il est l’un des plus difficiles, l’un des plus techniques aussi – si ce n’est LE plus difficile d’Europe – on dit également qu’il est le plus beau. C’est une randonnée qui comprend 16 étapes et qui se fait généralement en 16 jours, une étape par jour.
Avec mon pote Gil, nous nous sommes fixés comme objectif de le faire dans le sens nord / sud en 7 jours, en mode fast hiking. Pour cela, il faudra doubler, voire tripler les étapes. Ça fera de longues et dures journées, mais on aime les défis et le goût de l’effort. Pour le faire en 7 jours, il est important de bien choisir ses étapes. La topographie du parcours est tellement varié qu’il ne suffit pas de diviser la distance en 7. Nous avons donc décidé de faire appel à Guillaume Peretti et ses connaissances du GR pour nous aider sur ce point.
Guillaume Peretti est un ultra trailer qui a battu en 2014 le record de Kilian Jornet, en parcourant le GR20 dans le sens nord / sud en 32h. Corse, Guillaume s’entraine quotidiennement sur le GR et le connait par coeur. Qui mieux que lui donc, pour nous conseiller sur le découpage des étapes ? Après plusieurs semaines de préparation physique et logistique, nous voilà prêts à relever ce nouveau défi.

Dimanche 24 juin 2018
Jour 1 : Calenzana -> Haut-Asco
6:00. Sans aucun doute se sera le réveil le plus facile de la semaine à venir. Depuis notre arrivée hier à Calenzana, village du départ du GR, on ne tient plus en place. On a les jambes qui fourmillent, on a qu’une envie, fouler enfin ce mythique GR20. Il est enfin l’heure. Guillaume nous a conseillé de le faire dans le sens nord / sud. Le nord étant la partie la plus difficile – la partie alpine – alors autant la faire en premier pendant qu’on est frais et que l’on a les jambes. Et puisqu’on est en forme, on commence directement par 3 étapes.

Le départ se fait sous un soleil radieux, les premiers paysages sont déjà magnifiques. Il parait évident que cette journée sera mémorable. On ne croyait pas si bien dire ! Sans surprise, nous arrivons rapidement au premier refuge, le Refuge d’orti di u Piobbuil. Il est tôt et nous sommes bien contents de ne pas devoir rester. Après une courte pause, on reprend notre chemin en direction du deuxième refuge.


Alors, oui, on sait qu’en montagne le temps change vite mais on est toujours impressionnés lorsque cela se produit aussi vite. Le ciel, s’est rapidement assombri et les premières gouttes ont commencé à tomber. Gouttes qui se sont rapidement transformées en un véritable déluge quelques heures plus tard. Lorsque l’on arrive au Refuge de Carrozzu, trempés jusqu’aux os, et que l’on voit la noirceur du ciel, on se demande s’il ne faut pas déjà changer nos plans et rester là. Mais, entre les randonneurs qui arrivent, ceux qui se résignent à partir et les tentes inondées, il n’y avait plus de couchage disponible. Alors après avoir mangé un peu, nous sommes repartis rapidement car encore 600 m de D+ nous attendait avec un passage à plus de 2400 m d’altitude avant de rejoindre Haut-Asco.

Au fur et à mesure de la montée, le ciel se noircit, la pluie s’intensifie, si c’est encore possible, puis… c’est la grêle, le tonnerre et les éclairs. Pas très fiers, nous nous réfugions sous un énorme rocher sur les crêtes, afin de ne pas rester trop exposés le temps que ça se calme. Blottis sous notre abris de fortune, on patiente en contemplant une vue panoramique sur les montagnes sous un ciel apocalyptique. Après quelques minutes, un semblant d’accalmie pointe le bout de son nez, il nous ne nous en faudra pas plus pour repartir au pas de course et redescendre jusqu’à Haut-Asco. Sacrée première journée !

Lundi 25 juin 2018
Jour 2 : Haut-Asco -> Castellu di Vergio
En préparant nos étapes, nous savions que nous arriverions tard le soir, donc, pour ne pas avoir de mauvaise surprise, nous avons réservé les refuges à l’avance. Et comme la récupération serait un point essentiel, si nous voulions pouvoir être au mieux le lendemain, nous avons même (quand cela était possible) réservé des hôtels plutôt que des refuges. Ce qui fût le cas à Haut-Asco. Avec la journée que nous avions passée la veille, nous étions bien contents. Nous avons pu faire sécher notre linge, dormir confortablement et être en forme pour attaquer cette deuxième journée qui comptait aussi 3 étapes.

Il est 8h, le ciel est bleu et nous commençons notre progression avec le levé du soleil. Les couleurs sont magnifiques, il fait beau, on est bien. La journée commence par une belle et technique ascension de plus de 1 200 m de D+, qui nous fait passer par le point culminant du GR20 à 2070 m d’altitude, avec une vue magnifique à 360°. Cette partie alpine du GR20 tient toutes ses promesses.


La seconde partie de la journée s’est passée comme sur des roulettes. Enfin presque… Bien que le sentier soit très bien balisé, cela ne nous a pas empêché de nous égarer sur la fin de journée. Avoir toujours les yeux levés sur ces magnifiques paysages nous aura fait défaut. On s’est retrouvés perdus dans une forêt dense et sombre pendant un bon moment. La visibilité baissait de minute en minute mais nous étions bien trop avancés, et bien trop proches de notre hôtel en théorie, pour faire demi-tour…. Mais où ? Les frontales fixées sur nos têtes, nous avons fini par trouver notre destination. Épuisés, nous sommes rapidement tombés dans les bras de Morphée.


Mardi 26 juin 2018
Jour 3 : Castellu di Vergio -> Refuge Petra Piana
Après ces deux premières journées où nous avons triplé les étapes, “seulement” deux étapes sont prévues aujourd’hui. Ca fera tout de même plus de 30 km et 1450 m de dénivelé positif. L’autre bonne nouvelle, c’est que ces deux étapes s’annoncent comme étant les plus belles de la partie nord du GR20. Au programme, montagnes et lacs.


En effet, après une dizaine de kilomètres, nous arrivons au premier lac, le lac de Nino. C’est le deuxième plus grand lac de Corse après le lac de Bettaniella. Il est situé à 1743 m d’altitude, sur le plateau de Campanile et on peut y voir des chevaux sauvages courir entre les pozzines, sortes de petits lacs. Nous prenons le temps de faire un courte pose, quelques photos et nous repartons. D’autres lacs se trouvent sur notre chemin et nous avons hâte de les découvrir.


Après une belle descente… une belle montée : 700 m d’ascension pour seulement 6 km. Celle-là, on est pas près de l’oublier ! Mais ça valait vraiment le coup. Arrivés au sommet, la vue s’est dégagée pour laisser place au lac de Mélo qui se situe en contre bas, à 1710 m d’altitude. Lac d’origine glacière, il est gelé six mois sur douze. Puis le lac Capitello, un peu plus haut à 1930 m d’altitude. C’est le plus profond de Corse. Le site est depuis 1966 “site classé”.



Après plusieurs heures de marche, nous arrivons au refuge de Pietra Piana. Enfin une journée parfaite sans le moindre dépourvu. Enfin, c’est ce que l’on croyait. Car, suite à une erreur de réservation, nous avons dû dormir en tente. Bon dans l’absolu, ce n’est pas bien grave sauf que nous n’avions, ni matelas de sol ni duvet. Ce sera la nuit la plus froide et la plus courte de notre aventure…

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