J’aime préparer mes aventures. Repérer les chemins par lesquels je vais passer, me poser des questions : en bivouac ou en refuge ? Etudier la topo, préparer mon sac… Toute cette préparation fait partie intégrante du voyage et permet de s’approprier son périple, quelqu’il soit. Mais parfois, ça se passe tout autrement. Un jour, le téléphone sonne. “Allo, oui ?” – “Salut, c’est Damien, des Others, tu connais la Via Alpina ? C’est un sentier de 5 000 kilomètres qui relie Triestre, en Italie, à Monaco et qui passe par les plus hauts sommets des huit pays Alpins qu’il traverse. On part en Suisse faire un reportage pour On. L’idée, c’est de faire une partie de la Via Alpina en trail : 3 jours, 60 km pour plus de 4000 mètres de dénivelé positif. Ça te dis de venir avec nous ?”


Voilà comment, une semaine plus tard, je me suis retrouvé en compagnie de Damien et Nathan en Suisse dans le canton de Gladis, près de la frontière du Liechtenstein. Avec une idée simple en tête : une étape, un jour, un col. Et profiter de cette période automnale où les estivants sont repartis et où la saison de ski n’a pas encore commencé. Nous devrions avoir les montagnes pour nous. Après une courte pause au Lac du Klöntal, qui se trouvait sur notre route, nous partons pour Elm, point de départ de notre périple.


Jour 1 : Elm – Linthal



Ce sera l’étape la plus longue mais pas forcement la plus difficile. Il est tôt, il fait froid, mais on sait que dans quelques heures voire quelques minutes, ça ira beaucoup mieux. En fond sonore, on entend les cloches des vaches qui sonnent pour nous le coup d’envoi. C’est parti, l’objectif du jour : 23 km,
1 400 mD+ et le col du Richetlipass à 2 261 métro d’altitude. Le chemin va être long mais c’est vraiment bon d’être ici. Pas de course, pas de chrono, on ne cherche pas la performance. Juste 3 potes qui passent du bon temps ensemble en montagne.


L’ascension se fait en douceur, c’est aussi le moment de prendre le temps et de savourer les paysages. Des montagnes automnales ou subsiste encore des névés. Le sentier est dégagé, on se croit seul au monde. Après 3 bonnes heures d’ascension : le col de Richetlipass. C’est le moment de reprendre son souffle avant de dévaler de l’autre côté en direction de Linthal, 1 700 mD- nous attendent. La libération, le moment de lâcher les chevaux. La nature du chemin change au fur et à mesure que l’on descend, jusqu’à finir sur la route qui mène au village suivant, où nous passerons la nuit.


Jour 2 : Griesalp – Kandersteg



Étape des “plus”. La plus courte, la plus haute car nous passerons par le col de Hohtürli à 2 778 mètre, point culminant de notre périple. Et sans aucun doute la plus belle, avec une vue sur le glacier et le passage près du lac d’Oeschinensee. Il est encore tôt, il fait encore très froid et l’excitation est sans doute encore plus présente. L’ascension ne va pas être de tout repos mais ce qui nous attend au sommet nous fait vite oublier les petites courbatures de la course de la veille. C’est reparti. Nous, les montagnes et personne à l’horizon… ha…si, un randonneur.


Arrivés au col, la vue comme promis est spectaculaire. En revanche, le vent s’est invité et nous n’allons pas nous éterniser bien longtemps, car il est particulièrement froid. On sent que la saison hivernale ne va pas tarder à pointer le bout de son nez. Ni une ni deux, on repart. On reprendra notre souffle plus tard, quand nous serons à l’abri. Les kilomètres défilent quand soudain au détour d’un virage apparait le lac d’Oeschinensee. Il parait si calme. L’eau d’un bleu irréel, est tellement lisse que l’on dirait une plaque de verre. Et devant nous, le glacier posé sur le sommet de la montagne, qui vient plonger dans l’eau. C’est ici que l’on fera notre pause. Difficile de repartir devant un tel spectacle.

Jour 3 : Kandersteg – Adelboden



Déjà la dernière étape. Il fait encore plus froid que les matins précédents. Les petits chalets en bois brillent à cause du givre qui s’est formé dans la nuit. On dirait qu’ils sont recouverts de sucre glace. Le soleil fait doucement son apparition entre les montagnes. Une belle journée s’annonce. Et bien que les jambes soient lourdes, la motivation est toujours bien présente. Au menu aujourd’hui : 16 km, 1 300 mD+ et un passage par le col de Bunderschrinde à 2 385 mètres d’altitude. Nous repartons sur les sentiers, pour une étape que nous n’oublierons pas.
Trop occupés à profiter du décor, nous nous sommes égarés. Pourtant les sentiers sont plutôt bien balisés. Bon tant pis, on se dit que l’on va faire ça au feeling. Le but étant d’atteindre le col qui se trouve en face, on finira bien par retrouver le sentier. Le chemin s’avère plus difficile et plus technique que prévu. Il n’y a plus de sentier et nous sommes obligés de grimper entre les pierriers. Mais on finit par y arriver. Les mains sur les hanches, on mettra plusieurs minutes avant de reprendre notre souffle.


La dernière descente se fait en douceur, plus parce que l’on ne veut pas que ça s’arrête que par fatigue. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Demain on rejoint Montreux et le Lac Léman – point d’arrivée de notre traversée de la Suisse, le long de la Via Alpina. On repart avec des images plein la tête. Dans la voiture personne ne parle, tout le monde regarde par la fenêtre s’éloigner les montagnes. Puis nos regards se croisent et sans dire un mot nous partageons tous les trois la même idée. Et si, la prochaine fois on faisait le sentier dans son intégralité, de Trieste à la Méditerranée ?
Production : Les Others Studio
Réalisation : Théo Zesiger
Photos : Fabien Voileau, Damien Bettinelli, Nathan Millet, Olivier Pineda
Une aventure initiée par


